L'instauration
des sanctions internationales, le 6 août 1990, a eu pour principal
effet, on le sait, d'étrangler l'économie de l'Irak et
de frapper de plein fouet les populations les plus vulnérables,
les enfants et les malades : en juillet 2000, l'Unicef avançait
le chiffre de 500.000 enfants de moins de 5 ans morts depuis l'entrée
en vigueur des sanctions !
On connaît ces images d'enfants
à l'agonie dans les hôpitaux irakiens ; des images terribles,
qui ont permis de mettre en lumière l'absurdité de l'embargo,
qui a pris des allures de punition collective. Jamais cependant le régime
du président Saddam Hussein n'a été fragilisé
par cette politique ; bien au contraire, le désespoir, le marché
noir et la corruption ont largement profité aux dignitaires et
à la nomenklatura, tandis que le tissu social se délitait
progressivement, livrant les plus démunis à la délinquance
et à la violence (aujourd'hui à Bagdad, la prostitution
concerne de très jeunes enfants).
(* " enfermement ", " embargo ")
Le reportage
Nous sommes allés à
la rencontre des enfants irakiens, en évitant toutefois les images
morbides ou misérabilistes, qui font parfois oublier la rage
de vivre d'une génération qu'on a cru un peu trop vite
" sacrifiée ". Nous avons évidemment rencontré
des enfants chétifs et tristes ; mais aussi d'autres plein de
vie et d'insouciance, même chez les plus pauvres. Ils sont nombreux
dans les rues, à (sur)vivre de petits boulots, parfois sordides
(curage des égouts à la main). Mais ils vont aussi à
l'école, comme les élèves de l'école primaire
An Noubough, où une quinzaine dinstituteurs dévoués
(salaire mensuel
2 $ !) soccupent tant bien que mal de 450
enfants. Pour les mieux lotis, il existe à Bagdad un parc d'attractions
qui peut faire illusion : manèges, grande roue, et même
barbe à papa...
C'est sans doute à la campagne
que les enfants s'en sortent le mieux, au moins en ce qui concerne la
nourriture. Car c'est là que les solidarités familiales
et tribales ont le mieux résisté. Si les populations kurdes
du Nord ont malheureusement une certaine " habitude " de la
guerre et des privations ; en revanche cela leur a permis d'instituer
bien plus tôt que dans le reste du pays une économie parallèle
de subsistance. Pour les enfants des bédouins, l'ordinaire n'a
guère changé. Quant à ceux des marais du Chatt
el-Arab, ils perpétuent les traditions en participant aux activités
artisanales de leurs parents.
Cette vitalité apparente
ne doit évidemment pas faire oublier la réalité
sociale, économique, sanitaire et psychologique des enfants irakiens.
Il reste quils font preuve d'un étonnant dynamisme, doublé
d'une grande ingéniosité.
Les
auteurs
Pierre PINTA : chargé de cours de géopolitique, journaliste
et conférencier, spécialiste du Proche et du Moyen-Orient.
Vient de publier " LIrak " aux Éditions Karthala.
Contact : 01.46.28.86.95. / 06.09.80.57.82. / geopol@club-internet.fr
Elie GALEY : photographe professionnel ; a effectué de nombreux
reportages au Proche et au Moyen-Orient.
Contact : 01.46.78.94.87. / 06.61.47.63.01. /
levantin@free.fr
Pour plus dinfos sur les auteurs : consulter le site www.salamlak.com
(photos & publications)
© Pierre PINTA (textes) & Élie GALEY (photos)
mars 2003