Difficile de qualifier
d' " atelier " cette pièce unique, exiguë et...
aveugle ! Et pourtant elle regorge de dessins et de tableaux de toutes
natures et de tous formats, qui n'ont toutefois presque aucune chance
de quitter un jour, sinon clandestinement, ce local situé au
premier étage d'un immeuble de la rue Mutanabbî, au cur
du vieux Bagdad. Car aux yeux des censeurs du ministère de la
Culture et de l'Information ces uvres sont, pour la plupart, "
décadentes " voire " dégénérées
".
Natures mortes, paysages, portraits,
collages, etc. ; classiques ou modernes, figuratifs ou abstraits, ces
travaux ont le tort de ne pas servir la propagande du régime
: " éduquer les masses ", les conduire sur la "
voie du socialisme " et exalter les " sentiments patriotiques
". On distingue même un nu féminin, uvre "
pornographique ", qui pourrait causer bien des ennuis à
l'artiste, mais plus encore au modèle ! (officiellement laïque,
la société irakienne nen reste pas moins lune
des plus rétrogrades du monde arabo-musulman). Et pourtant, de
la lointaine Ishtar, déesse sumérienne de l'amour libre,
aux " galanteries " des Mille et Une Nuits , la Mésopotamie
s'est illustrée par sa créativité et sa liberté
de ton (les archéologues ont mis au jour des scènes libertines
qui peuvent rivaliser avec les célèbres fresques pompéiennes).
L'islam
évidemment n'a pas arrangé les choses, d'autant que depuis
1991 le pouvoir n'a cessé de donner des gages de sa bonne volonté
aux religieux. Ainsi l'Irak a-t-il délibérément
choisi de tourner le dos à sa culture artistique, pour se ranger
dans le camp de l'obscurantisme.
Le reportage
Nous sommes allés à
la rencontre de l" art irakien ", officiel, marginal
ou dissident. Du Dar Saddam al-Funum (Maison Saddam pour les Arts) aux
ateliers dIssam (peintre) et Haïdar (peintre et sculpteur),
artistes indépendants, en passant par lusine du quartier
al-Nahda, où lon fond des statues équestres du "
grand homme ", nous avons cherché à rendre compte
des formes dexpression artistique en vogue sur les rives du Tigre.
Et les surprises furent au rendez-vous. Car si limage du "
maître de Bagdad " est omniprésente, les diverses
manifestations qui lui rendent hommage (notamment les festivités
en lhonneur de son anniversaire, en avril) sont aussi loccasion
pour certains artistes de se libérer quelque peu de la rigidité
toute stalinienne de lart officiel.
Et
puis il y a ces galeries , le long du Tigre, dans lesquelles on ne croise
jamais un portrait du chef de lÉtat
Quant à
une éventuelle guerre, il est à craindre que loin daider
à linstauration de la démocratie, elle ne soit au
contraire loccasion pour lislam intégriste dimposer
un ordre moral pire que le précédent.
Les
auteurs
Pierre PINTA : chargé de cours de géopolitique, journaliste
et conférencier, spécialiste du Proche et du Moyen-Orient.
Vient de publier " LIrak " aux Éditions Karthala.
Contact : 01.46.28.86.95. / 06.09.80.57.82. / geopol@club-internet.fr
Elie GALEY : photographe professionnel ; a effectué de nombreux
reportages au Proche et au Moyen-Orient.
Contact : 01.46.78.94.87. / 06.61.47.63.01. / levantin@free.fr
Pour plus dinfos sur les auteurs : consulter le site www.salamlak.com
(photos & publications)
© mars 2003